05/12/2020

Le Magazine de Sète

L'art de vivre à sète

Direction la Terre promise !

 

Commencée à Sète le 11 juillet 1947, l’épopée de l’Exodus est à l’origine de la création de l’état d’Israël.

 

PHOTO EXODUS A COTÉ DU CHAPO

Sa légende

Photo : Jean-Pierre CHAFES

 

INTER 1ère page

Plus de 4500 Juifs quittent Sète à bord d’un navire qui veut rejoindre la Palestine

 

PHOTO EXODUS 1 –  1ère page

Arrivés à Sète dans le plus grand secret, ce sont des rescapés de la Shoah qui embarquent sur le « Président Warfield ».

Photo : collection Livni

 

 

INTER 2ème page

Sur le môle, une plaque commémorative rappelle l’histoire de l’Exodus

 

PHOTO EXODUS 2 – 2ème page

Pas de légende

Photo : Service communication de la ville de Sète

 

 

Il est quatre heures du matin ce 11 juillet 1947 quand un navire répondant au nom de « Président Warfield » quitte le môle Saint-Louis. A priori rien d’anormal à cela, si ce n’est que se trouvent à son bord… 4554 personnes (dont 1672 enfants), rescapées pour la plupart des camps d’extermination nazis. Arrivés à Sète en camions (172 ont été nécessaires) dans le plus grand secret, ces Juifs ont embarqué depuis la veille sans savoir si le départ pourrait avoir lieu. Et il faut en effet toute la « compréhension » du commissaire au port, Laurent Leboutet, pour que le « Président Warfield », dont le capitaine Ike Aronowicz n’a pas produit le certificat de sécurité normalement exigé, reçoive l’autorisation de lever l’ancre. Que dire également du dépassement de la capacité d’accueil du navire prévu pour seulement 700 personnes, de l’absence de papiers chez les passagers ou bien encore de la destination fantaisiste annoncée… la Colombie !

Tout le monde sait en effet que le navire affrété par le Mossad Aliyah Bet, la principale association chargée de l’immigration clandestine de Juifs en Palestine après la Seconde Guerre mondiale, va prendre la direction de la « Terre promise ». Plusieurs bateaux ont d’ailleurs déjà effectué cette traversée malgré les quotas mis en place par les autorités britanniques, qui ayant reçu de l’ONU l’autorité sur cette partie du monde, ne souhaitent pas heurter de front les populations arabes. Mais jamais aucun n’a transporté autant de candidats à l’immigration ! Pas dupe, un destroyer sur lequel flotte l’Union Jack suit d’ailleurs le bateau dès sa sortie du port de Sète.

Cinq jours plus tard, les derniers doutes sont définitivement levés. Le « Président Warfield », qui troque le pavillon panaméen pour le drapeau israélien, est en effet rebaptisé « Exodus 1947 » en référence à Moïse guidant les Hébreux dans le désert du Sinaï. Quant aux messages radios lancés depuis le bord, ils sont clairs : le débarquement, à proximité de Tel-Aviv, est annoncé pour le 17 juillet « en dépit de la flotte anglaise ». Mais ce sont désormais cinq navires de guerre qui entourent l’« Exodus » et qui enjoignent le capitaine à faire demi-tour. Devant son refus, les Britanniques éperonnent le bateau, ouvrant une voie d’eau qui déclenche un mouvement de panique et fait trois morts. Après plusieurs heures de résistance et de tractations, Yossi Hamburger, le responsable de l’opération, cède et accepte que le bateau soit conduit à Haïfa où les quelques 4500 passagers sont immédiatement transbordés sur trois bateaux dont la destination est normalement Chypre. Mais les tourments des migrants ne sont pas terminés. Loin de là.

Bloqués à bord de leurs prisons flottantes (ces navires seront d’ailleurs surnommés bateaux-cages) pendant près d’un mois à Port-de-Bouc, à côté de Marseille, ils reprennent en effet la mer, direction cette fois Hambourg en Allemagne d’où ils sont conduits vers des… camps d’internement dans des convois ferroviaires qui ne ressemblent que trop à l’acheminement des déportés vers les camps de la mort !

L’opinion publique mondiale, qui suit cette triste épopée par la presse, s’émeut de plus en plus du sort réservé à ces migrants. Une émotion qui joue incontestablement un rôle dans la décision de l’Assemblée générale de l’ONU du 29 novembre 1947 partageant la Palestine entre Juifs et Arabes et dont la conséquence est la naissance de l’état d’Israël le 14 mai 1948.

Quelques mois plus tard, les anciens passagers de l’Exodus rejoignent enfin librement la Terre Sainte. Quant à l’« Exodus », il sombre à Haïfa en août 1952, détruit par un incendie.

En juillet 2017, soixante-dix ans plus tard, Sète s’est souvenue de ce tragique épisode historique à travers de nombreuses manifestations auxquelles ont assisté plusieurs survivants. A cette occasion, une nouvelle plaque commémorative a été fixée sur le môle Saint-Louis. On peut y lire les phrases suivantes : « Rescapés de l’enfer de la Shoah sur un quai, à Sète, ils retrouvèrent l’espoir de la terre d’Israël qu’enfin ils allaient voir. Pour ne plus que reviennent l’horreur et l’effroi, soyons fidèles au devoir de mémoire ».